30 JUILLET

"Chers jeunes, répondez avec générosité à l’appel du Christ
qui vous invite à avancer au large et à devenir ses témoins,
découvrant la confiance que le Christ met en vous pour
inventer un avenir avec lui. Pour pouvoir être accomplie,
cette mission que l’Eglise vous confie demande avant tout
que vous cultiviez une authentique vie de prière, nourrie
par les sacrements, spécialement par l’Eucharistie et la Réconciliation.. 
"

L’Europe, l’Obscure

Lundi 27 mai 2019

par Alessandro D’Avenia

 

https://www.corriere.it/alessandro-davenia-letti-da-rifare/19_May_27/61-europa-l-oscura-d64e788e-7fcd-11e9-8558-8311fa6a8639.shtml?refresh_ce-cp

 

Europe, très belle fille du roi de Tyr, cueille des fleurs au bord de la mer. Soudain, un taureau au pelage blanc apparaît et s’approche de ses pieds. Fascinée par l’animal prodigieux, elle s’assoit sur sa croupe et ce qu’elle croit n’être qu’un jeu s’avère au contraire être un enlèvement : le taureau entre dans la mer et l’emmène à l’ouest, vers les plages de Crète, où il lui révèle son identité : c’est Zeus qui lui fait violence. Son père envoie ses fils chercher leur sœur, mais personne ne parvient jusqu’à l’île, dont la fille deviendra la reine bien-aimée. L’Europe, nom d’origine incertaine, selon le dictionnaire étymologique de l’audacieux Jean Semerano, trouve ses racines dans le terme erebu, utilisé par les anciens peuples du Proche-Orient sémitique pour désigner l’Occident : « où le Soleil disparaît ». L’Europe est donc l’Obscure : kidnappée et violée, elle se libère, sombre et se relève à nouveau. Là où personne ne la cherche, elle renaît de ses cendres.

Dans son dernier livre « Il filo infinito » (Le fil infini), Paolo Rumiz a essayé de la retrouver au milieu de ses cendres. En suivant les blessures du tremblement de terre qui a frappé l’Italie centrale il y a trois ans, il l’a trouvée à Nursie, un soir, parmi les restes des bâtiments de la place principale : « Les ruines de la cathédrale étaient illuminées. Derrière la rosace, la nef n’était plus. C’est alors que j’ai vu la statue au milieu de la place. Elle représentait un homme avec une barbe vénérable et une grande tunique, levant le bras droit comme pour indiquer quelque chose entre ciel et terre. Elle était restée intacte au milieu de la destruction et portait l’inscription SAINT BENOIT, PATRON DE L’EUROPE. Mon cœur a fait un bond. Jusque-là, je n’avais pas du tout pensé à ce saint et à sa relation avec Nursie, avec le tremblement de terre, avec la terre mère du continent dont je faisais partie. Que disait ce saint bénissant, au milieu des débris d’un monde ? Disait-il que l’Europe allait à sa perte ? Non, « il rappelait qu’à la chute de l’Empire romain c’était le monachisme bénédictin qui avait sauvé l’Europe. Il nous disait que les graines de la reconstruction avaient été plantées au pire moment possible. » En 476 après J.C., en effet, le dernier empereur d’Occident a été assassiné et les barbares se sont répandus. En même temps, parmi les ruines de l’Empire romain, Benoît rassemblait dans ses petites communautés des hommes et des femmes qui retrouvaient une vie bonne, faite de travail, de relations, de formation et de prière. Pour lui, l’important était de prendre fidèlement soin de l’essentiel : du Créateur et des créatures, en chacun desquels il y a son Logos, c’est-à-dire un dessein d’amour et de perfection.

Mais comment les hommes de Benoît ont-ils réussi dans cette entreprise ? Rumiz les décrit ainsi : « Ils ont réussi à sauver l’Europe sans armes, avec la seule force de la foi. Avec l’efficacité d’une formule : ora et labora. Ils avaient sauvé de l’anéantissement la culture du monde antique, réorganisant un territoire en proie à l’abandon. Une terre « travaillée », où, contrairement à l’Asie ou à l’Afrique, il était presque impossible de distinguer le travail de la nature de celui de l’homme ». Ces mots évoquent-ils un passé perdu ? Non, c’est l’âme éternelle de l’Europe : sa vocation réside précisément dans ces deux mots qui expriment ce que la main peut faire. La main humaine, que Kant appelait « le cerveau extérieur de l’esprit », détachée de la terre, s’ouvre au monde et au ciel, pour faire le monde et se tourner vers le ciel. La main qui s’arrête étudie, prie et travaille ensuite, sait que tout ce qu’elle rencontre, les choses et les gens, doit être conservé et cultivé. Comment Benoît a-t-il éduqué les mains des gens ?

Né à Nursie en 480 après J.C. d’une famille aisée, le jeune Benoît se rend à Rome pour ses études. La ville étant en déclin, il décide de se retirer non loin de là, dans les Apennins du Latium, où il développe l’idée d’une petite communauté, au service de Dieu et du monde. Le monastère est en fait une société complète construite à la manière de la famille. L’abbé (de l’hébreu Abba : père), prend soin de ses enfants : les moines et les gens qui vivent dans les terres environnantes. Libre ou esclave, noble ou paysan, savant ou ignorant, romain ou barbare, chacun fait tous les métiers sans distinction. Chacun, à l’intérieur et à l’extérieur du monastère, est appelé à un double travail : celui de Dieu et celui des mains, que Benoît appelle respectivement « Opus Dei » (prière et étude) et « opus manuum » (travail manuel). Ce dernier n’est plus pour les esclaves mais pour tous, en tant que travail originel de l’homme, placé par Dieu dans le jardin, comme le raconte la Genèse, afin qu’il le cultive et le conduise à la perfection. L’Europe est ainsi semée « en un réseau de fermes modèles, de centres d’élevage, de foyers de culture, de ferveur spirituelle, d’art de vivre, de volonté d’agir, en un mot, de civilisation de haut niveau émergeant des flots tumultueux de la barbarie. Saint Benoît est sans aucun doute le Père de l’Europe ». Ce sont les paroles du grand sociologue Léo Moulin qui, dans sa « Vie quotidienne selon saint Benoît », montre l’impact de l’art de vivre bénédictin : même le mot « Parliamentum » a été inventé en latin médiéval dans un contexte monastique, pour désigner la première assemblée supranationale d’abbayes en 1115. L’Europe est née de la synthèse bénédictine du transcendantal et du terrestre, comme en témoigne l’invention de véritables chefs-d’œuvre : viticulture et apiculture, art médicinal par les plantes, agriculture des sols difficiles, système embryonnaire de dépôts et de prêts, scriptoria pour copier et méditer les textes anciens, éducation des enfants, architecture des abbayes, etc. La règle bénédictine n’était pas une simple réaction au vide du pouvoir, mais l’affirmation de la vocation éternelle de l’homme : prendre soin du monde et des autres en défrichant le cœur, l’esprit et la terre. Un humanisme ascendant et descendant, l’âme de l’Europe : pensée et action inspirées par le fait que la réalité est la mission que Dieu confie à l’homme, pour son épanouissement et celui de ses frères et sœurs. Un humanisme attentif au soin aussi bien de l’âme que de la table : combien savent que des mots comme petit déjeuner, nourriture, déjeuner trouvent leurs racines dans la vie bénédictine ?

Au tournant entre le deuxième et le troisième millénaires, dans son grand chef-d’œuvre « Après la vertu », le philosophe Alasdair MacIntyre, analysant la crise de la modernité à partir des limites du modèle libéral et marxiste, écrit : « La grandeur de Benoît est d’avoir rendu possible la fondation du monastère axé sur la prière, l’étude, le travail, où et autour duquel les communautés pouvaient non seulement survivre mais se développer dans une époque d’obscurité sociale et culturelle. Les effets de la vision de Benoît et sa répercussion étaient largement imprévisibles. Notre époque est aussi un temps d’attente de possibilités nouvelles et inattendues de renouvellement. Mais c’est aussi une période de résistance prudente et courageuse à l’ordre social, économique et politique dominant. » S’appuyer sur Benoît ne signifie pas imiter un modèle archéologique, mais en inventer un qui s’inspire de « la construction de formes locales de communautés au sein desquelles la civilisation et la vie morale et intellectuelle peuvent être préservées à travers les nouveaux siècles sombres qui nous entourent déjà. Nous attendons : non pas Godot, mais un autre saint Benoît, sans doute très différent ». L’Europe est née de l’art de vivre de Benoît, à partir duquel s’est développée une culture du travail sans précédent, fondée sur la recherche de l’harmonie entre la nature et la civilisation, la semence du Moyen Âge et de la Renaissance, l’épanouissement de tout ce qui est humain en l’homme : sa vie terrestre et céleste. Les nouveaux Benoît devront relancer la paideia européenne, un humanisme transcendant et immanent (ouvert à l’autre et à l’Autre) qui sait répondre, par un « ora et labora » renouvelé aux défis contemporains, sans se retirer du monde mais plutôt en le renouvelant de l’intérieur, à partir du travail et de la famille. Sinon, nous succomberons à l’illusion du salut « de l’extérieur », que Kavafis décrit dans En attendant les Barbares, un poème sur ce qui arrive aux civilisations dans lesquelles la mise en scène du pouvoir étouffe la vie : chacun est paralysé par l’arrivée imminente des barbares, mais : « La nuit est tombée et les barbares ne sont pas venus. Certains, qui arrivent des frontières, disent qu’il n’y a plus de Barbares. Mais alors qu’allons- nous devenir sans les Barbares ? Ces gens-là étaient une solution. »


La vie de l’individu et des peuples ne vient pas de l’extérieur, mais de la libération des énergies intérieures, aujourd’hui emprisonnées par la peur, l’individualisme et le nihilisme. Le lit à refaire est de redécouvrir l’harmonie entre le travail des mains et l’œuvre de Dieu : sans un sens transcendant et immanent, terrestre et céleste, de la vie, le monde devient le théâtre du hasard et donc de la loi du plus fort. La main, si elle n’est guidée que par des pulsions immédiates et égoïstes, se ferme et se retourne contre la terre et les autres, incapable de faire le monde et les relations. « Un vent parfumé a pénétré dans les ruines et j’ai senti que dans mon monde des mots-clés tels que silence, dévouement, esprit de sacrifice avaient été liquidés ou avaient perdu leur sens. Le mot « Europe » même avait été perdu » : le vent de renaissance dont parle Rumiz n’est pas dans le vote, qui donnera un salaire aux politiciens fébrilement diligents pendant les campagnes électorales et quantifiera qui s’assiéra sur le trône de fer, mais dans l’action quotidienne et constante des âmes (du  grec anémos, « vent ») véritablement européennes, comme celle de Benoît.

 

27 mai 2019 (modifié le 27 mai 2019 | 06:30)

Nursie – l’apôtre au milieu des bières

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